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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 20:17

 

On se penche rarement tous les trois jours sur la nature de son être. Parfois quand on est en terminale, en cours de philo. Est-il de toute façon possible de le définir précisément? Dans tous les cas on use souvent de certaines phrases pour se qualifier qui permettent d'en dessiner les contours et de se donner un certain contenu.

 

"Je suis une personne qui préfère de loin marcher à prendre les transports en commun. Ca m'arrive souvent d'aller au travail à pieds même si je mets 30 minutes à faire le trajet. Ou bien d'aller de la place de l'Opéra à la gare du Nord sans passer par la case métro parce que je préfère me promener"

 

"Je me force parfois à sauter dans mes baskets et aller courir. Mais une fois que j'ai dépassé la demi-heure de jogging, j'oublie totalement et je profite du divertissement à la Pascal".

 

Ce qui fait que quand on t'annonces que tu ne vas plus pouvoir marcher et courir pendant un moment, tu as un peu l'impression qu'on a découpé ton être en petits morceaux, qu'on en a pris un ou deux pour les jeter à la poubelle et que tu ne seras pas prêt de les revoir.

 

Et puis une fois cette première nouvelle digérée, tu finis par accepter cette disparition temporaire. Ca va finir par revenir. Le ligament, le genou, tout ça…

Tu entres alors dans une seconde phase. Celle où tout tes cours de philo de khâgne se bousculent dans ta tête, frappant à toutes les portes pour tenter d’y entrer. Cerveau en état de siège.


Te voilà alors contraint à faire le tri. D’un côté on colle pêle-mêle le second corps du roi, l’âme végétative et l’agrégat (entre autres). Et puis de l’autre, on entasse les notions qui pourraient être utiles : le corps malade, l’acte et la puissance, la renaissance du corps, le duo « corps – âme » (entre autres aussi).

 

On t’ouvre et on déplace les parties à l’intérieur. En espérant que les autres n’y verront que du feu et accepteront de voir un bout de muscle remplacer un ligament. Ce qu’elles font plus ou moins. Chez moi, plutôt moins que plus.


Ton corps se rappelle à toi. Tu le sens toutes les nuits. Cette jambe, elle est bien là et elle te le hurle aux moments où toi tu voudrais te poser. Dormir ?

Réponse de l’intéressée : va te brosser…


Au bout de quelques jours, tu te rappelles le petit Descartes. Un capitaine dirigeant son navire. C’était à peu de chose prêt la comparaison. Me voilà donc capitaine d’un bateau qui saigne, craque et crie. Et qui continue à m’envoyer me faire voir chez les Grecs.


« Essaie de plier le genou pour voir ?! »


Si la définition du verbe « bouger » est « regarder avec des yeux globuleux une partie de son corps en tentant de la faire frémir » alors j’ai réussi. Mais sur le bulletin, mon prof a écrit : « La petite Claire fait des efforts. Le passage de la puissance à l’acte lui échappe encore mais en se donnant du mal, elle y arrivera ».


Du mal, je m’en suis donné. Ca a duré des heures, des semaines, des mois (si, si : je vous la sers l’énumération !). Quand je me retourne, je me dis que c’est pas possible de pouvoir bouger aussi peu quand on a sacrifié autant. Sur ce coup là, mon corps se la joue navire en grève. L’âme était pas censée gagner dans l’histoire ?


Me voilà donc à me résigner : il va falloir de nouveau l’ouvrir. Il était pas déjà assez moche comme ça : il faut en rajouter une couche.  Mon pauvre petit, je suis désolée…


« On vous a introduit une caméra dans le genou : vous avez senti quelque chose ? »

Non : rien.


Et puis cette jambe dans les bras du type en blanc, je ne la sens pas non plus. Elle est là, immobile, en l’air. Un peu jaune. Il la plie. Même en étant à moitié aveugle je le vois : il la plie.


Il – la – plie.


Comme si je n’aimais pas assez d’hommes dans ma vie, j’en rajoute un supplémentaire à la liste. Il est orthopédiste, il est debout devant moi et il me dit que maintenant, c’est à moi de jouer.


Depuis je joue. Tous les matins je la regarde, je lui ordonne et ça fonctionne. Jusqu’à une certaine limite, mais déjà plus importante qu’avant l’opération. Ma vie se mesure en grades. Mon quotidien est une estimation à l’œil nue de la flexion de ma jambe gauche. Si on m’avait dit que je ressortirai le rapporteur de mon enfance pour ensoleiller mes journées, je ne l’aurais pas cru.


Je lui fais aussi confiance. Pauvre navire torturé. A toujours tout vouloir lui imposer, j’en aurais presque oublié que même les philosophes lui ont donné le droit d’exister. Du coup j’apprends à le chouchouter. Juste lui, rien que lui, rien que pour lui. En le regardant comme quelque chose d’extérieur, avec mes gros yeux globuleux. En lui faisant confiance et en espérant qu’il me rendra la pareille. On a une troisième naissance à aller décrocher. Un peu comme les pompons à la ducasse. Ou le bac mention TB. Sauf que ça, c’était facile…


Et cette fois-ci, quand on aura gagné, je pense que je n’irai pas le faire tatouer.


A méditer

 

 


 

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Published by Votre Meringue au pays des Baisers - dans Qui suis-je
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commentaires

Doro 27/07/2010 14:19


Courage ma belle...


Romain 15/07/2010 02:07


Quelle philosophe !

Courage...


Votre Meringue au pays des Baisers 16/07/2010 17:40



Il y a encore du boulot pour que je puisse me qualifier de philosohe, mais ça a fait du bien d'écrire tout ça.


Merci beaucoup pour tes encouragements! Et en espérant que tout se passe bien de ton côté.


Bisous!



Hamtarette 14/07/2010 20:48


J'aime beaucoup ton article miss!
J'espère que ça continue à aller bien en tout cas, et je pense bien à toi!


Votre Meringue au pays des Baisers 16/07/2010 17:39



Merki!


Dommage que j'ai encore été atteinte du syndrome de l'écran d'ordinateur: rah les fauuutes que je laisse passer à chaque fois! :-d



JvH 13/07/2010 22:34


J'aime beaucoup ton texte, et je souhaite que ton rapporteur continue à te rendre de plus en plus heureuse!


Votre Meringue au pays des Baisers 16/07/2010 17:38



Merci beaucoup! :-)


Les choses se remettent en place tout doucement et il y a pas mal à reconstruire, notamment mes muscles. Non seulement disparus, mais apparemment un peu
raccourcis. Du coup il faut que je les ralonge de nouveau si je veux plier la jambe un peu plus! Enfin si j'ai bien compris! :-)



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